L’Indonésie – Java entre temples et volcans

La mésaventure aérienne de Sumatra nous contraint à raccourcir notre séjour sur l’île de Java. Ne disposant désormais plus que de quatre jours, nous faisons l’impasse sur Jakarta, la capitale indonésienne que beaucoup nous ont de toute façon déconseillé, et nous nous rendons directement à Yogyakarta.

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Yogyakarta (prononcez « Tchok-tcha-karta » comme les locaux)

En une journée, on visite la majorité des sites touristiques de cette ville dont on apprécie beaucoup l’ambiance artistique, au point de nous faire bien regretter de ne pas avoir plus de temps pour flâner dans ses rues…

On commence par l’emblématique temple de Borobudur, une visite que l’on effectue dans la fraicheur et la tranquillité du matin, dès l’ouverture à 6h00, afin d’éviter les hordes de touristes.

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Bienvenu à Borobudur

Bâti au VIII-IXe siècle, le site a été abandonné puis redécouvert rongé par la jungle 1000 ans après. On imagine sans peine les yeux écarquillés des explorateurs de l’époque quand ils arrivèrent sur cet immense édifice après de nombreux coups de machette !

Le site, qui représente un stupa vu du sol et un mandala vu du ciel, est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Les terrasses du temple de Borobudur

Comme tout lieu bouddhique, on visite les différents étages dans le sens des aiguilles d’une montre afin de garantir un bon karma, et en suivant symboliquement les cycles de la réincarnation jusqu’au Nirvana. On commence par les bas-reliefs des galeries du bas qui retracent la vie du Bouddha Shakyamuni, avant de se promener parmi les 72 stûpas des trois terrasses concentriques qui forment le sommet. Les stûpas sont en fait des sortes de petites cloches ajourées qui renferment chacune une image de Bouddha.

Borobodur est terriblement photogénique, du coup, on se lâche un peu en tâchant d’éviter les “interviews” des étudiants déjà sur place (on a plus envie de profiter de la spiritualité du lieu que de pratiquer notre anglais…).

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L’après-midi, on part à la découverte de Yogya, comme on l’appelle affectivement ici, ses rues graffées, son palais fermé et son marché aux oiseaux où l’on découvre la vente d’à peu près tout ce qui vit. Dans les cages se succèdent perruches, poules, chiens, chats, mais aussi chauve-souris, singes, hiboux et certainement pas mal d’espèces qui chez nous seraient protégées. Ça fait mal au cœur de voir tout ce petit monde tourner en rond et on s’échappe vite sur un rickshaw loin de ce vilain business.

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Chasse au trésor avec les beaux graphs au pochoir de l’artiste indonésien Anagard Stencil
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Un chauffeur de rickshaw fatigué et des fruits aussi colorés que les perruches

La chaleur écrasante aide Gisèle à convaincre Damien de succomber à une glace. Ça tombe bien on passe justement devant « Il Tempo del Gelato » dont elle a lu d’excellentes revues !

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La meilleure glace de la ville, et ce n’est pas Charles et Camilla qui vous diront le contraire !

On finit la journée avec un ballet du Râmâyana, dansé en extérieur avec les temples de Prambanan en toile de fond.

Le Râmâyana est une des légendes fondamentales de l’hindouisme. Comme une épopée d’Ulysse à la sauce sanskrite, il raconte l’histoire du prince Rama, la rencontre avec sa femme Sita, l’enlèvement de cette dernière par des géants et sa libération grâce à l’aide du dieu-singe Hanuman. L’histoire mêle amour, magie et combat et est dansée, chantée et contée à travers toute l’Asie du Sud-Est. On est bien contents de la découvrir à l’occasion de ce beau spectacle et dans un cadre hors du commun.

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Le décor des temples de Prambanan
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Tandis que le prince Rama séduit la belle Sita, Hanuman fait le singe

Fin de la culture et place à la nature. Le lendemain, nous prenons le train pour Probolingo, point de départ d’un tour de deux jours entre les volcans Bromo et Kawah Ijen.

On aime bien varier les plaisirs en termes de transport et le train entre Yogya et Probolingo représente une bonne alternative aux minibus locaux car plus confortable, moins cher et aussi rapide. Le wagon où on s’installe est moderne, climatisé et il y a même un service de restauration ambulante ! On est comme des coqs en pâte pour observer les paysages qui défilent par les fenêtres.

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Un train tout confort et des mikados indonésiens pour pallier aux petites faims, nickel !

A la gare de Probolingo, un chauffeur de la compagnie avec qui on a réservé notre excursion nous récupère et nous mène à notre première auberge, près du volcan Bromo. Nous qui nous attendions à des dortoirs comme il est écrit sur notre reçu, nous sommes agréablement surpris lorsque l’on nous présente une chambre double avec salle de bain privée. Au dîner, on fait connaissance avec les gens qui nous accompagnerons le lendemain : Tim, un Singapourien dans la quarantaine qui s’entraine pour un trail de folie sur les flancs cendrées du volcan, et Kim et Teddy, une mère et son fils eux-aussi de Singapour. La nuit qui suit est bonne, et heureusement car elle est aussi très courte : le réveil sonne à 3h30 du matin pour assister au lever du soleil.

Pas facile de s’extirper de dessous la couette, surtout que dehors c’est encore la nuit noire. On est préparés à avoir froid et à être entassés parmi des centaines d’autres touristes qui comme nous sont venus assister au spectacle. Une fois au point de vue, on est plutôt agréablement surpris et on a même une place aux premières loges, sans personne devant nous.

A cette heure matinale, la vallée est encore bien sombre et les volcans, Bromo, Batok et Semeru, se découpent à peine sur le ciel de la nuit. Au fur et à mesure de l’attente, le ciel s’éclaircit et les brumes se dissipent. Les couleurs apparaissent enfin, comme un film noir et blanc que l’on aurait colorisé : du rouge et brun pour les arbres, du gris pour les volcans et du mauve pour les panaches de fumée que Bromo et Semeru lâchent de temps à autre, histoire de nous rappeler que la région est toujours bien active. Le spectacle est superbe et s’inscrit sans peine comme le plus beau lever de soleil qu’il nous a été donné de voir.

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Silence, le spectacle commence…
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Beau cadre pour une photo de mariage
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Un deuxième couple aux anges

Une fois l’astre solaire levé, il est temps d’aller observer l’activité du cratère de plus près.

On traverse le champ de cendres déposées par des éruptions successives (la dernière a duré un an et s’est terminée en Novembre 2016) avant de monter au bord du cratère. Au sommet, un petit sentier d’une sécurité toute relative permet d’avoir plusieurs points de vue sur le cratère. On distingue très nettement les dépôts de soufre entre les fumerolles au centre. Ça vrombit, ça gargouille, ça sent l’oeuf… la Terre respire juste sous nos pieds.

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Champ de cendres
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Autel dédié à Ganesh. De nombreuses offrandes sont aussi jetées directement dans le cratère.
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Les flancs du volcan offrent un paysage d’une grande désolation
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Un petit chemin qui ne sent pas la noisette
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Pause détendue à côté du cratère vrombissant…
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Le groupe au complet – Kim, Teddy, Damien, Gisèle et Tim

Une fois redescendus du Bromo, on reprend la route en groupe réduit pour se rendre à proximité du Kawah Ijen. Seuls Kim et Teddy ont décidé de nous suivre. Tim, lui, se prépare mentalement pour sa course du lendemain (on le sent un peu effrayé par l’épreuve et on essaie de le motiver et de le rassurer comme on peut avant notre départ).

Le réveil pour le Kawah Ijen est encore plus matinal. Cette fois il s’agit d’être prêt à 1h00 du matin afin de gravir les pentes du volcan et d’aller observer dans son cratère les fameuses flammes bleues dues à la combustion des vapeurs de soufre à leur contact avec l’atmosphère, et qui sont uniquement visibles dans la nuit noire.

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Rappel des règles de sécurité à proximité du Kawah Ijen : si ça pète, court !

Au pied du volcan, on rencontre notre guide, un ancien mineur, ainsi que la dizaine de touristes avec qui on va faire l’ascension (parmi peut-être une centaine d’autres qui se préparent à monter eux-aussi). On nous fournit aussi des masques à gaz afin de se protéger des gaz toxiques qui s’échappent du volcan toujours actif.

Le Kawah Ijen est encore aujourd’hui exploité en tant que mine de soufre à ciel ouvert et permet de faire vivre plusieurs familles de mineurs. Un métier pénible et dangereux qui ne rapporte vraiment pas grand-chose. Le chemin que nous empruntons pour accéder au cratère du volcan est le même que celui des mineurs qui, eux, le parcourent plusieurs fois dans la journée, à vide puis chargés de blocs de soufre, jaunes et odorants, arrachés à coup de pioche au fond du cratère. 1 kg de soufre ne leur rapporte que quelques centimes d’euros…

Pour l’heure, il est cependant plus lucratif de proposer aux touristes de les aider à monter au sommet du volcan. Les mineurs savent la montée rude et ont troqué pioches et paniers contre des charrettes qu’ils tractent à deux pour monter les touristes fatigués (ou paresseux). L’aller simple coûte une dizaine ou une vingtaine d’euros, ce qui n’est pas négligeable.

Nous, c’est à pied que nous nous élançons, la frontale vissée sur la tête. Arrivés sur la crête, la descente au fond du cratère s’effectue entre les rochers jusqu’à un solfatare installé par les mineurs pour condenser les vapeurs de soufre et ainsi extraire plus facilement le minerai. C’est là que les premières flammes bleues apparaissent, feux follets discrets entre deux épais panaches de vapeur (c’est aussi là que l’on s’équipe de nos masques à gaz afin de ne pas nous brûler les poumons…).

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Le solfatare, au bout : les vapeurs de soufre se cristallisent en minerai d’un orange vif
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Attention, gaz toxiques

Les flammes ne s’observent que dans l’obscurité, ce qu’ont du mal à enregistrer bon nombre de touristes qui pointent à tout va leur lampe torche dès qu’une flamme apparait. L’écran formé par les épaisses vapeurs qui sortent du solfatare n’aide pas non plus à l’observation mais on parvient tout de même à prendre quelques clichés de ce phénomène hors du commun.

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Flammes bleu électrique
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Les vapeurs de soufre diffusent le halo bleuté des flammes

La nuit s’efface peu à peu devant le jour et les flammes laissent place à un deuxième tableau fascinant : le lever du jour sur le lac d’acide qui emplit une partie du cratère.

Le ciel se teinte doucement de rose, les plaques de soufre jaune ressortent de plus en plus sur les rochers alentours et au fond, le lac, bleu turquoise, concentre toute l’attention et nous laisse sans voix.

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La nature, cette artiste
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Damien nous présente la collection automne-hiver Kawah Ijen 2018
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Une beauté dangereuse

La couleur du lac est incroyable mais ôtez-vous vite l’idée d’y faire trempette car celui-ci est réputé être parmi les plus acides au monde (il aurait un PH inférieur à 1 d’après notre guide). On voit tout de même quelques personnes y aventurer une main pour tester la température de l’eau…

On enlève nos masques le temps de quelques photos mais le vent nous rabat vite quelques volutes de gaz. On s’accroupit prestement, avant-bras repliés sur le nez et les yeux. On en est quitte pour quelques larmes. D’autres, moins chanceux (ou moins attentifs) toussent à n’en plus pouvoir. On a alors une pensée pour ces mineurs que l’on voit travailler sans protection…

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Une accalmie permet une photo à visage découvert
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Les touristes parmi les vapeurs qu’exhalent le volcan en continu

Ils ne sont pas nombreux à cette heure du jour car les touristes les gênent dans leur travail. Notre guide nous apprend que la majorité vient travailler plus tard, une fois les touristes repartis. Ceux présents font un petit business alternatif, nous présentant cristaux et petites sculptures de soufre alors que nous remontons sur les bords du cratère.

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Bloc de soufre brut et statuettes

Au sommet, nous retrouvons Kim et Teddy qui ont fait le choix d’observer le cratère d’en haut, d’où le spectacle n’est pas moins beau.

Une fois la visite du volcan terminée, nous reprenons la route avec eux à travers les plantations de café qui verdissent la région. On s’arrête en route pour déjeuner au restaurant « spécial touristes » que connait notre chauffeur. Mais la vue des prix nous dirige rapidement de l’autre côté de la route où un restaurant plus local propose les mêmes plats à un prix plus acceptable.

Nous quittons nos amis singapouriens à l’embarcadère où nous devons prendre le ferry pour Bali. Après de longues embrassades, on se donne rendez-vous dans une semaine, à Singapour, pour un café et de nouvelles discussions. Eux ont encore quelques jours à Java. Pour nous, c’est déjà fini.

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Bali, nous voilà !

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