De deux baroudeurs, on repasse à quatre le temps de deux semaines au Laos avec Lucile et Nicolas, la sœur de Gisèle et son copain.
Le temps que les deux vacanciers arrivent, on s’offre une pause décontractée aux 4000 îles de Don Det à se balancer dans les hamacs, compter les vagues du Mékong et s’émerveiller devant les dauphins de l’Irrawaddy (une espèce très menacée dont il ne resterait plus qu’une vingtaine d’individus dans ce coin du Mékong 😱).




On rejoint Lucile et Nicolas à Champasak, 45 km au Sud de Paksé et point d’accès au temple préangkorien de Vat Phu, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001. De la grandeur d’autrefois ne subsistent plus que quelques maisons bourgeoises et la ville, charmante, somnole aujourd’hui doucement sur les rives du Mékong.
Lucile et Nico nous attendent au Kamphouy guesthouse dont le gérant est adorable. De quoi nous réconcilier un peu avec le pays car le passage de frontière, avec sa corruption institutionnalisée pour récupérer visas et passeports, et le surbooking à notre auberge de Don Det nous avaient laissé un petit goût amer.
On passe l’après-midi à se raconter nos huit derniers mois et à planifier la visite du lendemain au complexe de Vat Phu.

Quand on enfourche nos vélos avec Damien au petit matin, on a bien un peu peur d’être déçus, surtout après avoir vu les grandeurs d’Angkor. Heureusement, il n’en est rien ! Les pavillons du temple s’étagent à flanc de colline, se mêlant harmonieusement à la nature environnante.

Un escalier fleurant bon le frangipanier nous mène au pavillon principal avec ses apsaras en bas-reliefs et ses gardiens qui veillent à l’entrée. Dans la pièce du fond, quelques bouddhas et les fidèles qui déposent fleurs et bougies avant de faire résonner un gong.

La plupart des bâtiments du complexe aurait été construite entre le XIe et XIIe siècles (quand les premiers temples d’Angkor commençaient à s’élever). Du site partait d’ailleurs une route royale parcourant les 200 km jusqu’au temple d’Angkor Vat.
A l’origine consacré à Shiva – dont le symbole, un lingam en pierre, était baigné d’eau sacrée en continu – Vat Phu est désormais un lieu de culte bouddhiste, en accord avec la religion majoritaire du pays. Les linteaux et bas-reliefs représentant les épopées hindoues ont cependant été conservés pour notre émerveillement.


Les 8 km retour entre Champasak et notre hôtel semblent interminables sous le soleil de plomb de mi-journée. La pause déjeuner à l’ombre des tamariniers d’un restaurant local est bien appréciée, surtout accompagnée de quelques saucisses traditionnelles ou d’un excellent Nam Khao, plat laotien à base de boulettes de riz frites, boulettes de porc et noix de coco râpée.

Le soir, on s’offre un spectacle en assistant à une séance de théâtre d’ombres. Cette tradition ancestrale inscrite au patrimoine intangible de l’humanité a été ici ravivée par un Français dont on salue l’initiative ! Derrière un drap blanc, les marionnettistes laotiens donnent vie aux marionnettes de papier et de cuir dont certaines auraient plus de 100 ans. Les silhouettes rétroéclairées se meuvent au son d’instruments traditionnels et les voix joviales des marionnettistes content une variante laotienne du Râmâyana. Les artistes, tous amateurs, s’éclatent et nous aussi !

Nombreux sont les touristes qui décident de parcourir les routes laotiennes à dos de scooter. Pour nous, ce sera en voiture, option offrant tout autant de liberté et bien plus de confort, surtout à quatre et avec nos gros sacs.
On prend possession de notre bolide à Paksé et on s’engage dans la première étape du road trip : le plateau des Bolavens. Réputé pour ses paysages authentiques, ses belles cascades et ses plantations de café, on le découvre au fil d’une route qui se mue rapidement en piste et traverse des villages où enfants et cochons se poursuivent entre les pilotis des maison traditionnelles.

Les cascades rivalisent de grandeur et Nico et Lulu découvrent tout de la production du café au village Kathu du capitaine Hook. Les Kathus sont l’une des 47 ethnies du Laos. Ici tout paraît bien différent. On donne son âge en années de chiens (c’est-à-dire suivant la naissance des portées), les femmes travaillent tandis que les hommes gardent les enfants, le café se boit dans du bambou et on fume la pipe à eau dès que l’on sait marcher. Les Kathus pensent aussi que les yeux bleus sont dû à la consommation de vin. On doit donc représenter pour eux une belle bande d’ivrognes avec nos huit yeux bleus.



On se repose de toutes ces découvertes au village de Tad Lo lors de la dernière étape de notre itinéraire sur le plateau. Le succès des logements indiqués dans le guide, tous complets, nous fait nous rabattre sur un ensemble de bungalows tenu par une famille laotienne et situé en bord de rivière. Le cadre est magnifique ! On profite de la douceur des rayons de soleil en cette fin de journée pour piquer une tête en amont de la belle cascade de Tad Hang, juste avant que deux baigneurs un peu plus gros que la moyenne ne viennent nous déloger.




Le soir nous dînons dans l’ambiance détendue du Fandee guesthouse tenue par un français (un de nos nombreux compatriotes tombés amoureux du Laos … et d’une laotienne). Celui-ci a plusieurs projets en tête et notamment la construction d’une nouvelle auberge au milieu d’un petit lac artificiel en périphérie du village.
On visite l’endroit, paisible, au petit matin, et on imagine facilement se relaxer ici entre une partie de pétanque et un tour en pédalo sur le lac. Mais de nouvelles routes laotiennes nous attendent, et nous voici repartis à travers champs de café et rizières en direction de Savannakhet, plantée à la frontière entre Laos et Thaïlande.


Savannakhet est plus une étape pour couper la route en deux, le guide restant assez élusif sur l’attrait touristique de la ville. On y découvre cependant un marché de nuit sympathique et une ville animée de petits bars et de karaokés improvisés par les locaux.

Le lendemain on reprend le volant à l’aube pour rejoindre la boucle de Thakek et la fameuse grotte de Kong Lor. Le paysage se métamorphose au fil des kilomètres. D’imposants monts karstiques apparaissent à l’horizon puis finissent par nous encercler. Une petite montée en lacets et nous dominons une retenue d’eau d’où émergent les troncs blancs pétrifiés des arbres qui formaient autrefois ici une forêt. C’est le lac artificiel du barrage hydroélectrique de Nam Theun.

On continue d’avaler les kilomètres et on oublie par la même occasion notre programme. C’est donc en fin d’après-midi et avec un jour d’avance qu’on arrive au village de de Kong Lor… ça ne fait rien car c’est en fait la meilleure heure pour visiter les lieux ! Une fois que les touristes de la journée sont repartis.
Sous la montagne, une rivière de 7 km relie les villages de Kong Lor et de Natane, et a creusé sur son passage une immense grotte. Dans le temps, les villageois qui souhaitaient se rendre d’un village à l’autre empruntaient le chemin de sept heures passant par la jungle, et évitaient soigneusement la grotte qu’ils croyaient alors habitée d’esprits.
Lorsqu’ils virent des bûches coupées à l’aide de machettes sortir de celle-ci au fil de l’eau, ils comprirent que la rivière souterraine représentait un passage bien plus rapide entre les deux villages.
Il fallut toutefois attendre 1920 pour que la première traversée soit entreprise, à la rame et uniquement éclairée de torches traditionnelles. Aujourd’hui, marchandises et passagers sont acheminés quotidiennement sur de petites pirogues à moteur, frontale vissée sur la tête.

A bord de nos barques, menées de main de maitre par des villageois experts en navigation à l’aveugle, on s’enfonce doucement dans l’immense boyau. En cette fin d’après-midi nous sommes les seuls touristes et on se sent d’autant plus minuscules au milieu de cette immense cathédrale de roche dont le faisceau de nos lampes arrive à peine à éclairer le plafond. La rivière qui s’écoule sous les pirogues est d’encre comme l’obscurité qui nous entoure, et on se demande si on ne va pas croiser Charon sur l’autre rive de ce Styx laotien.

Un îlot éclairé au centre de la grotte nous permet d’admirer de plus près les formations géologiques. On déambule entre stalactites et stalagmites et on apprécie le pailleté des draperies de calcaire qui tapissent la grotte.

On ressort de la grotte du côté du village de Natane et, après un bref passage à la lumière du jour, nous faisons demi-tour pour retourner dans l’obscurité de la grotte et rentrer dormir à Kong Lor des images plein la tête.



Au petit matin, on quitte la campagne et les champs de tabac de la boucle de Thakek pour la vie citadine de Vientiane. Comme cela semble être la norme au Laos, la vie dans la capitale a l’air de s’écouler bien paisiblement.


Un tour au Pha That Luang, centre spirituel de la capitale, puis au Patuxai, un arc de triomphe honorant les combattants pour l’indépendance du pays, et il est l’heure d’aller se délasser à la piscine de l’hôtel. Il ne faudrait pas oublier que Lucile et Nicolas sont en vacances ! On met donc à profit notre jour d’avance sur le programme pour faire une pause luxe et volupté au Crown Plaza, où l’on a réservé une chambre à l’aide de nos points de fidélité.





On fait durer le plaisir le matin avec les succulentes viennoiseries d’une boulangerie de tradition française (le Banneton), avant de reprendre la route vers le Nord et la ville de Vang Vieng pour y fêter le Nouvel An Chinois.

Arrivés sur place, on se rend vite compte que nous ne sommes pas seuls ! La ville est envahie de Chinois venus en famille ou entre amis pour célébrer l’année du cochon, et les commerçants n’ont visiblement que faire des baroudeurs en sac à dos sans le sou que nous sommes.
On participe à la liesse depuis la terrasse d’un bar surplombant la rivière et on assiste par la même occasion aux lâchers de lanternes traditionnelles une fois la nuit tombée.

Vang Vieng est nichée dans un bel écrin karstique bordé de rizières. On vient ici pour s’essayer notamment au tubing : la descente tranquille (une bière à la main en général) de la rivière Nam Song qui traverse la ville, sur une grosse chambre à air, en s’arrêtant de temps à autre à un bar pour éviter l’insolation et refaire le plein. Lorsque Vang Vieng était encore une destination hippie de touristes occidentaux, les bars étaient des dizaines à border la rive. Beaucoup furent cependant fermés devant la pression des autorités locales cherchant à endiguer un taux anormalement élevé de décès par noyades des touristes insouciants (notamment le fils de l’ambassadeur d’Australie au Laos).
On n’aura malheureusement pas l’occasion de tester cette activité emblématique de la ville, une mauvaise digestion de pizza nous faisant perdre une journée entière. On fera tout de même un tour à l’un des Lagons Bleus (sorte de petits étangs à l’eau turquoise en périphérie de la bourgade) mais l’affluence chinoise nous fait vite reprendre la route. En fin de compte, Vang Vieng n’aura pas cassé trois pattes à un canard.

Au terme d’une route en très mauvais état, on retourne la voiture en un seul morceau à Luang Prabang, ville culturelle du Laos par excellence. C’est là que Lucile et Nicolas ont commencé leurs vacances et qu’ils les finiront. En connaisseurs des lieux, ils nous emmènent dîner à l’excellent marché de la ville dès le premier soir. On se régale de porc croustillants (un de nos pêchés mignon en Asie), grillades et soupe de nouilles épicées.


Le lendemain c’est assis devant de délicieux croissants et baguettes que l’on commence notre journée. On avait découvert la boulangerie française « le Banneton » à Vientiane et on est ravis de voir qu’ils possèdent un magasin ici aussi ! La journée se déroule tranquillement entre les rives du Mékong et de son affluent le Nam Khan, à flâner d’un temple à l’autre.
Le centre historique de Luang Prabang se concentre sur une petite péninsule où demeurent de très belles maisons coloniales. L’endroit est assez touristique (inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995) mais il y règne une irrépressible douceur de vivre … un de ces endroits sur la planète où l’on se sent immédiatement bien.


Nos pérégrinations citadines nous amènent déjeuner de l’autre côté du Nam Khan après avoir traversé le pont en bambou reconstruit tous les ans après les crues par une famille locale, et qui permet de relier le centre historique aux quartiers situés sur l’autre rive.



Après un tour à l’excellent musée TAEC qui permet de découvrir les nombreux visages laotiens, nous finissons par un coucher de soleil au très (trop) fréquenté Mont Phusi.

Le lendemain nous nous évadons dans la campagne laotienne le temps d’un atelier de cuisine avec les équipes du restaurant Tamarind. L’atelier débute par une traditionnelle visite du marché où nous découvrons les ingrédients traditionnels de la cuisine au Laos, la fameuse fish sauce et l’excellent riz gluant. On retrouve à l’occasion de nombreux ingrédients déjà découverts en Thaïlande.


La manière de cuisiner est cependant complètement différente et, une fois arrivés au lieu où se déroule l’atelier, ce n’est pas devant un wok que l’on s’installe mais devant de petits braseros en terre cuite. Voici le piano laotien ! On découvre ainsi une cuisine dont la cuisson se fait exclusivement au charbon.
Dans un cadre pittoresque, entre plantes aromatiques et bassins fleuris, nous nous escrimons à reproduire les classiques de la gastronomie lao guidé par un des chefs du restaurant. On maitrise avec brio les premières recettes, jeow de tomates ou d’aubergine (sorte de caviar de légumes) et laap de buffle (que nous avons eu l’occasion de goûter sous de nombreuses versions au cours de ces deux semaines). La citronnelle fourrée au poulet nous donne quant à elle un peu plus de fil à retordre ! Enfin, on se régale autant en fin de cours à déguster les petits plats que nous avons cuisinés. Une journée tellement réussie que, c’est sûr, on refera certaines recettes une fois revenus chez nous (mention spéciale au riz gluant à la noix de coco recouvert de bananes, mangues et mangoustans).
Et quoi de mieux pour finir la journée que de s’offrir un petit tour sur le Mékong au coucher du soleil ?


Deux semaines sont passées en un éclair et l’heure du retour vers le froid suédois a déjà sonné pour Lucile et Nicolas. Une visite du modeste palais royal et de son majestueux temple à peine finie que les voilà déjà installés à bord du tuktuk les ramenant vers l’aéroport et Göteborg. C’est avec un petit pincement au cœur que Gisèle les regarde s’éloigner, on a vraiment apprécié cette pause familiale à l’autre bout du monde !

Les vacanciers repartis, nous retournons à nos tâches administratives de voyageurs au long cours et, notamment, la demande du visa vietnamien, prochaine destination au programme. On a beau avoir été prévenus de l’impact que la fête nationale vietnamienne du Têt (l’équivalent du Nouvel an) pouvait avoir sur l’activité du pays, on était loin d’imaginer un tel arrêt du temps ! Et surtout que cela impliquerait une suspension de toutes les demandes de visa en ligne et la fermeture du site internet de l’ambassade vietnamienne pendant dix jours. Nous voilà donc sans autre choix que de faire une demande en personne et en urgence à l’ambassade du Vietnam à Luang Prabang dès sa réouverture, pour pouvoir rejoindre à Hanoï les parents de Gisèle qui atterrissent déjà.
Lors du dépôt de nos passeports à l’ambassade, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation car la petite ambassade est remplie d’une dizaine d’autres têtes en l’air dès son ouverture.

Les jours d’attente pour récupérer nos passeports et nos visas nous permettent de découvrir Luang Prabang sous un angle moins touristique. On profite de la belle terrasse du bar-restaurant Utopia où sont aussi organisés des cours de yoga et Gisèle se laisse tenter par un atelier de tissage au centre artisanal Ock Pop Tok.
On tombe littéralement sous le charme de cette entreprise qui met à l’honneur l’habile travail de femmes laotiennes et en fait découvrir quelques secrets aux curieux occidentaux. Ici on apprend à faire des teintures naturelles, tisser la soie ou dessiner un batik à la cire d’abeille.

Alors que Damien s’installe à la plaisante terrasse du restaurant (qui offre certainement la plus belle vue sur le Mékong de la ville), Gisèle prend place dans l’atelier. Guidée par Sang, elle bobine ses fils puis s’installe au métier à tisser. La trame est déjà posée, il ne reste plus qu’à se mettre aux pédales. Au fil des allers et retours de la navette, le motif se dessine et les nagas dorés, symboles de protection, se détachent du fond bleu. Quatre heures plus tard, le set de table est terminé et Gisèle n’est pas peu fière du résultat.


Quelle superbe expérience que d’avoir pu s’initier à cet art ancestral qu’est le tissage pour nos derniers jours au Laos et d’emporter avec nous un souvenir de ce royaume du million d’éléphants (même si nous n’en vîmes que deux…).