Le Chili – Que le vaya bien

Ca y est ! L’heure est venue de faire nos premiers pas en Amérique du Sud. On quitte l’océan Pacifique pour atterrir au Chili et plus précisément dans sa capitale : Santiago.

Nous avons réservé une chambre sur Airbnb chez João, un brésilien dont la photo de profil ne ressemble pas du tout à la personne qui nous ouvre la porte (très sympa au demeurant). L’appartement est situé au 16ème étage d’une tour d’immeuble du quartier de la Recoleta et chaque pièce offre une vue imprenable sur la ville.

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Vue côté chambre

Une fois n’est pas coutume, nous optons pour une visite guidée à pied en cette première journée à Santiago. Et en espagnol s’il vous plait ! De la Plaza de Armas au quartier branché de Bellavista et la maison du poète Pablo Neruda en passant par le palais présidentiel de la Moneda, nous parcourons la ville et l’histoire du pays, de sa fondation au XVIe siècle jusqu’aux heures sombres de la dictature Pinochet. On aime beaucoup ce genre de visite car il nous permet d’apprendre en un clin d’œil les évènements clés d’un pays tout en obtenant plein de bons plans des étudiants locaux qui s’improvisent souvent guides.

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Plaza de Armas, là où tout commence
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Le Palais de la Moneda et sa façade criblée de balles suite au coup d’état du 11 Septembre 1973
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Peinture murale de Jade Rivera dans le Barrio Lastarria

Aussi, c’est en suivant les conseils de notre guide que nous planifions nos visites : le musée des arts précolombiens, riche en enseignements sur l’histoire et les civilisations d’Amérique du Sud avant l’arrivée des Espagnols ; la Chascona, maison du poète chilien Pablo Neruda, égale aux maisons d’artistes avec son harmonieux bric-a-brac collectés au fil des ans et des voyages ; un beau coucher de soleil au sommet du Cerro San Cristobal surplombant le smog santiagois ; et pour finir, une bière dans l’animée rue Pio Nono.

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Un avant-goût de Patagonie dans nos chopes

Chez João, on apprécie beaucoup le confort d’un chez soi et notamment la présence d’un four pour pouvoir nous cuisiner de bons petits plats.

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On avait presque oublié l’odeur et le goût d’une quiche ou d’un gateau fait-maison !

Pour notre dernière journée à Santiago, on fait un tour au musée de la mémoire et des droits de l’homme qui revient sur les années de la dictature de Pinochet et sert de mémorial à toutes les victimes de régime dictatorial dans le monde.

Le musée est dense et l’on retrouve les horreurs communes à tout régime autoritaire : arrestations, torture, disparitions inexpliquées, exécutions sommaires, exil.  Difficile. On respire à l’évocation du référendum de 1988 qui mit fin à seize années de régime militaire (et inspira le très bon film « No » du réalisateur chilien Pablo Larrain que l’on vous conseille fortement d’ailleurs).

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 » El pueblo, unido, jamas sera vencido « 

En sortant du musée, on apprécie flâner dans ce quartier un peu excentré ; flânerie fortement conseillée par Mirouse, un ami de Damien qui a habité la ville pendant quatre ans. Entre les nombreux graffitis on y débusque aussi une véritable perle pour le déjeuner.

On pousse la porte du Café Brazil sans grande conviction mais l’esprit révolutionnaire qui y règne nous séduit rapidement. On se régale d’une cuisine populaire et copieuse entre les photos d’Allende et le poing chilien, un parfait écho à la visite que l’on vient de faire.

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Papilles partisanes

Le climat s’étant quelque peu rafraichi entre Tahiti et le Chili, on profite de l’après-midi pour acheter un nouveau legging à Gisèle. Le guide de la première journée nous ayant fortement sensibilisé sur les vols à la tire à Santiago, on en profite aussi pour acheter une banane discrète pour loger passeports, portefeuille et les dollars qu’il nous reste du Vietnam. On ne l’utilise pourtant pas immédiatement, et dans le métro, un pickpocket fait les poches de Gisèle… Mauvaise pioche ! Il repartira avec un bien maigre butin, une carte de voyage aussitôt bloquée et quelques pièces polynésiennes. L’énervement passé, on tire les conclusions de cette désagréable expérience et remettons à niveau nos curseurs de vigilance (proche de 0 après l’Asie et la Nouvelle-Zélande).

Un petit tour en bus de nuit et nous voici à Valparaiso, Valpo pour les intimes.

On tombe tout de suite sous le charme de cette ville, les maisons bariolées qui habillent ses 43 collines et les chiens errants qui peuplent ses rues colorées.

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La brume enveloppe les courbes de Valparaiso

On loge dans le Cerro Allegre, chez Manuel, un papy de 80 ans à l’image de sa ville : haut en couleur ! Organiste à la retraite, il a accompagné durant sa carrière plusieurs chanteurs célèbres de toute l’Amérique du Sud, mais pas que… et c’est ainsi qu’il nous sort une belle photo noir et blanc de lui au temps de sa gloire aux côtés de Gilbert Bécaud. Il n’hésite d’ailleurs pas à nous pousser la chansonnette; on ne s’arrête jamais vraiment d’être artiste semble-t-il.

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Un airbnb aussi coloré que musical

On se sent bien à Valparaiso. Autrefois surnommée la perle du Pacifique, pour son port idéalement situé, véritable refuge pour les marins après le terrible Cap Horn. Elle nous rappelle aussi Bristol avec ses peintures murales et son côté arty.

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Et nous ne sommes pas les seuls à apprécier son atmosphère et ses vues sur l’océan. Pablo Neruda y avait aussi ses quartiers.

Sa maison, la Sebastiana, est accrochée au Cerro Bellavista, le regard tourné vers la mer telle une vigie. Les touristes se bousculent dans les pièces qui s’empilent sur cinq étages. On se sent un peu à l’étroit malgré la superbe vue et on avoue préférer la maison du poète à Santiago, plus aérée.

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Un panorama qui invite à écrire quelques vers

Les vues sur la mer nous donnent des envies de large et nous allons déguster un poisson fraichement pêché à la criée. On rate de peu le retour des bateaux et les étals du marché croulent déjà sous les fruits mer, oursins et autres piures chiliens à notre arrivée.

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Pelicanos
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Bouchées iodées

Le Chili ayant cette forme particulière de long haricot étiré au bord du Pacifique, les distances entre deux grandes villes se chiffrent vite en millier de kilomètres et nous privilégions donc les bus de nuit pour éviter l’ennui de longues journées de transfert.

Le prochain bus nous mène de Valparaiso à Castro sur l’île de Chiloé en vingt heures de route. Une fois arrivés, et après avoir dégoté une chambre pour la nuit, on profite du soleil de l’après-midi pour découvrir la ville. On sait le temps capricieux dans le coin, du coup, on ne perd pas un instant.

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Les maisons sur pilotis qui encadrent Castro

Si l’on a décidé de poser pied sur l’île de Chiloé c’est notamment pour découvrir ses  églises en bois et ses palafitos, des maisons de pêcheur sur pilotis couvertes de tuiles semblables aux écailles des poissons que l’on retrouve dans leurs filets.

Malheureusement, se déplacer avec les transports en commun s’avère ici plus difficile que prévu et nous n’avons le temps de découvrir que les églises de Dalcahue et de Tenaun (sur les seize que compte l’île). On regrette un peu le manque d’information sur les locations de voiture, ce qui aurait permis de mieux nous organiser…

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Iglesia Nuestra Señora del Patrocinio à Tenaun
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Les belles écailles des maisons chilotes
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Curanto, plat emblématique de l’île riche en protéines !

La météo n’étant pas vraiment de notre côté, on raccourcit de quelques jours notre escapade insulaire et remontons plus au Nord, sur Puerto Varas.

La ville s’étend au bord de l’immense lac Llanquihue connu pour ses élevages intensifs de saumons, une espèce introduite qui se plait tellement bien dans les eaux chiliennes qu’elle a presque permis au pays de devancer la Norvège et de devenir le premier producteur mondial de saumons d’élevage ! Mais en 2007, un virus dont la propagation se voit favorisée par les conditions d’élevage, décime les populations… Aujourd’hui, en réaction à ces élevages industriels qui détruisent les écosystèmes locaux, nombreux sont les restaurants à boycotter les saumons d’élevage chiliens.

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Le lac Llanquihue, plus grand lac du Chili, une véritable mer intérieure

A Puerto Varas, on est accueilli chez Tia Suzie, une tante de cœur qui nous ouvre sa porte et ses bras. Les voyageurs comme nous forment ici une grande famille qui se réunit autour de la table de la salle à manger tous les matins et tous les soirs pour un moment de convivialité, un bol de café ou un verre de vin à la main. Si l’ambiance est chaleureuse, les chambres sont elles un peu froide une fois la nuit tombée (un peu comme partout au Chili en fait…). Un matin, on trouve même entre nos draps une puce… ah, les risques du voyage !

Au lac Llanquihue, on préfère les eaux émeraudes du lac de Todos los Santos avec le volcan Osorno en arrière plan. On part voguer sur ses eaux calmes le temps d’une journée mais pour certains touristes à bord du bateau, la traversée constitue aussi un point d’accès à l’Argentine et la région de Bariloche (moyennant de bonnes finances).

La météo est avec nous et les nuages s’évanouissent à mesure que le bateau s’éloigne de l’embarcadère, ne laissant bientôt qu’un ciel bleu autour du cône parfait de l’Osorno, un des 90 volcans que compte le Chili (et celui-ci est bien actif !).

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Le volcan Osorno est son chapeau de neige sur lequel il est possible de faire du ski

Le midi, le bateau débarque à Peulla, 120 habitants, 2 luxueux hôtels et 1 seule route vers l’Argentine. On bronze au soleil tandis que certains s’offrent un gueuleton aux restaurants trop peu nombreux pour pratiquer des prix raisonnables.

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Réserve de Vitamine D

De retour dans le bateau, Damien part se renseigner sur les options de transport et de visite des cascades de Pétrohué situées sur la route du retour vers Puerto Varas. S’adressant à la bonne personne au bon moment, il obtient un transfert gratuit avec un groupe de touristes réalisant justement cette visite en fin de journée. Leur guide, celui qui nous propose cette option, est un jeune chilien appelé Benjamin, qui parle un excellent français appris uniquement via l’application Duolingo. On est impressionné !

La journée ne pouvait pas mieux finir que par ces étonnantes cascades formées lors d’une éruption du volcan Tronador qui fit fondre ici un glacier ; et en si bonne compagnie, avec Benjamin qui nous apprend quantité de choses sur la région et nous embrasse en fin de journée comme si nous étions de vieux amis.

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L’eau s’engouffre dans les crevasses de lave laissées par l’éruption

Après le lac Todos los Santos voici venu le Viernes Santo, vendredi saint et donc férié. On profite de l’absence d’activité pour rejoindre la ville portuaire de Puerto Montt. C’est d’ici que partent les bateaux-cargo Navimag, alternative originale pour rejoindre la Patagonie en passant par les fjords et l’océan plutôt que par la Carretera Austral, longue route à l’intérieur des terres.

Tentés par l’aventure, nous avons réservé deux couchettes dans le bateau qui part le  lendemain. On observe son appareillage de loin, depuis les baies vitrées panoramiques de l’hôtel Holiday Inn où nous nous installons pour une nuit (encore grâce aux points IHG de Damien) et où nous profitons d’un peu de confort avant de passer trois jours en mer. Cap au Sud !

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Notre vaisseau s’apprêtant au port

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