Tels de vrais portègnes, nous quittons l’agitation de Buenos Aires le temps d’une escapade au calme chez le voisin uruguayen.

L’Uruguay est un petit état (grand comme un quart de la France) coincé sur la côte Atlantique entre deux géants, le Brésil, au Nord, et l’Argentine, à l’Ouest, et séparé de cette dernière par le fleuve Uruguay et son immense estuaire, le Rio de la Plata. Principalement constitué de pampa, on y retrouve les gauchos, le sacro-saint maté et quelques surprises, car s’il était originellement occupé par le peuple guarani, le pays fut longtemps brinqueballé entres les empires espagnols et portugais. Sa culture aujourd’hui est d’ailleurs un reflet de ces trois grandes influences.
Le ferry largue les amarres depuis Puerto Maduro à 8h et traverse l’estuaire grand ouvert sur un Océan Atlantique que nous revoyons pour la première fois depuis les côtes namibiennes. Après une grosse heure de navigation, nous débarquons enfin dans la petite ville de Colonia Del Sacramento.

En attendant de pouvoir prendre notre chambre d’hôtel, on se dégourdit les jambes dans le centre historique et sur le bord de la rivière. On en profite pour visiter le phare, l’église et les quelques musées de la veille ville.

Le musée de la Casa de Nacarello est aménagé dans une vieille maison portugaise du XVIIe. Conservée en l’état avec son mobilier d’origine, on y apprécie les conditions de vie à l’époque coloniale.

Le tout petit musée des azulejos nous offre un aperçu des belles mosaïques de faïence qui habillaient autrefois certains murs de Colonia.

Enfin, le musée national nous informe sur le développement de Colonia del Sacramento sous les Portugais puis les Espagnols et le processus d’indépendance du pays. A l’étage, on y découvre une collection hétéroclite qui regroupe oiseaux empaillés, insectes épinglés ainsi que de nombreux fossiles. On est ravis de rencontrer ainsi la mégafaune qui peupla l’Amérique du Sud au Pléistocène. Mention particulière au sympathique glyptodonte, une espèce de tatou géant de deux tonnes, et aux lestodons, sorte de paresseux de plus de trois tonnes et cinq mètres de haut.

Alors qu’on pique-nique sur la Plaza Mayor, on réalise qu’il nous a fallu moins de quatre heures pour faire tout ce que la ville propose d’activités.
Colonia a beau n’être pas vraiment grande, elle dégage un charme intemporel qui nous rappelle le Sud de la France. Les rues pavées sont bordées de maisons colorées et de platanes dont le feuillage danse avec les rayons du soleil d’automne. L’air est chaud, les rues sont calmes et il y règne une atmosphère indolente qui apaise. On s’assoit sur un banc et on regarde passer le temps.



A 14h, on rentre à l’hôtel prendre possession de notre chambre et passer une après-midi tranquille entre écriture du blog et rattrapage des épisodes de Game of Thrones. En faisant les comptes, on réalise qu’on a retiré un peu trop de pesos uruguayens ce matin, et on se dit qu’un bon restaurant local sera l’occasion de bien les dépenser. Peu d’adresses sont ouvertes en ce lundi soir mais on arrive tout de même à en dégoter une qui régale Damien d’une grosse pièce de bœuf et d’une bouteille du vin rouge national : le tannat !

Originaire du sud-ouest de la France, le tannat est un cépage très tannique, comme son nom l’indique. Utilisé généralement en assemblage avec d’autres cépages, les Uruguayens, eux, proposent des bouteilles 100% tannat. Certainement, une manière de se démarquer du Malbec argentin. Le vin se marie bien avec la viande rouge mais il est tout de même costaud. Nous n’avons aucun mal à nous endormir ce soir-là, alors que la pluie tombe avec la nuit.
Le lendemain, c’est grasse matinée suivie d’un peu de planification du Pérou à venir, puis on sort faire un tour en fin de matinée et Gisèle en profite pour faire les boutiques.

Sur les coups de midi, on s’attable au restaurant El Drugstore, attirés par la décoration pétillante et bigarrée. On y teste une autre spécialité uruguayenne : le chivitos. Prenez un steak, coiffez-le d’une tranche de jambon avec du fromage, rajoutez du bacon et un œuf et accompagnez le tout de pommes de terre et d’une salade. Ça cale ! On prend un petit verre du vin de table, et bien sûr c’est du tannat, raide au possible.

Le ferry nous ramène sur Buenos Aires dans l’après-midi. Certains passagers y perdent leurs tripes car la houle est forte dans l’estuaire. Nous, on y perd notre très pratique couteau suisse acheté en Birmanie. Alors qu’on n’a pas eu de soucis à l’aller, voilà que la sécurité nous impose de nous en séparer avant d’embarquer car considéré comme une arme. Le couteau devait faire le voyage en soute mais il semble en fait qu’il soit resté à quai en Uruguay.
De retour à Buenos Aires, on pose nos sacs dans le dortoir d’une auberge de jeunesse où nous rejoint Julien, le troisième larron du trio de randonneurs patagoniens avec Agathe et Franck. C’est la fin des vacances pour lui mais il compte bien passer une dernière bonne soirée avant de rentrer en France le lendemain.
On nous avait dit que Buenos Aires ne dormait jamais mais c’est une ville assez morte qu’on trouve ce mardi soir (en tout cas sur San Telmo). Les bars ferment tous à 1h du matin, ce qui ne nous empêche pas de finir la soirée à l’auberge à 3h avec quelques bières et rigolades de plus, des chansons et une belle démonstration de tango de Julien dont la mère est professeure de danse.
On se retrouve le lendemain midi autour d’une énorme pizza submergée de fromage au restaurant Los Inmortales. Ce sanctuaire de la pizza argentine est situé sur l’avenue Corrientes, le Broadway argentin. Tous les ans s’y déroule une compétition, le Muza 5k, sorte de marathon de la pizza où au lieu de courir, les participants goûtent les pizzas des nombreuses pizzerias qui jalonnent l’avenue dans le but d’en élire la meilleure.

Nos dernières heures dans la capitale sont l’occasion de passer voir le gigantesque Teatro Colon et l’imposant Congreso, devant lequel un exemplaire original du penseur de Rodin pense encore et toujours.


On quitte Julien sur le pas de porte de notre auberge. Lui a encore quelques heures avant de prendre son avion pour Paris, pour nous c’est déjà l’heure de nous envoler vers Puerto Iguazu et ses fameuses chutes.
